C’est quoi, Exode Cosmic ?
Mais oui, c’est ça la question : c’est quoi ce truc parfaitement inconnu sur lequel vous êtes hasardeusement tombé, comme on tombe un mardi soir sur une vidéo de mecs déguisés en chihuahua qui jouent du diabolo, dans un garage, sur fond de musique traditionnelle slovaque à l’accordéon…
Il semblerait — à en croire le footer du site éponyme — qu’Exode Cosmic soit le titre d’un magazine littéraire de science-fiction, et ce, malgré l’absence totale de preuves tangibles de son existence dans les bases de données culturelles sérieuses, comme Télé 7 Jours, Wish, ou la colonne « divertissement » du Parisien.
Exode Cosmic se déclinerait en plusieurs numéros, que personne n’a jamais lus — y compris l’autrice elle-même, qui ne pratique que l’écriture automatique lors de ses phases de sommeil profond, sur ordre de son œnologue, pour évacuer les bruits de radiateur que produit son cerveau.
Cependant, la médiocrité inégalée du contenu de ce soi-disant magazine est d’ores et déjà certifiée par l’absence de buzz généré, ce qui est un indice scientifique irréfutable, comme chacun sait.
Bien sûr ! C’est la loi du rapport causal proportionné notoriété-intérêt : plus c’est connu, plus c’est bien… Comme McDonald’s, le plastique ou Jean Castex.
De quoi ça parle ?
Bien que jamais lu, et notoirement inconnu, le contenu des magazines Exode Cosmic fait l’objet de nombreux débats enfiévrés, et une myriade de théories divergentes ont éclos un peu partout dans le monde — une nouvelle discipline scientifique, consacrée à l’étude du contenu théorique probable d’Exode Cosmic, aurait même été créée à l’université de Tuvalu en 2001, avant d’être subitement fermée six mois plus tard, suite à l’intervention d’un mystérieux consortium spécialisé dans le papier hygiénique.
Certains prétendent que le magazine ne contient que des plans quadridimensionnels numérotés en hexadécimal, censés permettre l’assemblage en DIY d’une soucoupe volante à partir d’ustensiles de cuisine détournés.
D’autres disent qu’il ne contient rien de reconnaissable, hormis des pubs, des témoignages inventés et des commentaires enthousiastes rédigés massivement par un bot, dans le seul but d’inciter les lecteurs crédules à investir dans la cryptomonnaie, les NFT et le Métavers de Carrefour.
Un seul témoignage, vaguement intelligible, a pu être recueilli d’un lecteur potentiel. Celui de Jean-Sérien (prénom d’emprunt et de mauvais goût), interné en 1998 dans un hôpital psychiatrique auxerrois qui n’existait que sur PDF.
Il affirmait que la lecture d’Exode Cosmic avait déclenché chez lui une forme rare et dangereuse de décalage onirique post-lucide, l’obligeant à porter uniquement des cravates en guise de vêtements, et ne se sentant bien que lorsqu’il recevait des relances de factures. Il écrivit jusqu’à une centaine de lettres d’insultes en un seul jour à l’URSSAF pour être certain qu’ils ne l’oublient pas.
Il disparut un matin, laissant pour seul indice une tartine de pain sur laquelle on pouvait lire, en brun grillé dans la mie : “Exode Cosmic m’a tu.”
Toutefois, et depuis peu, une poignée d’ermites sauvages, que nous appellerons, par commodité d’usage, “Les Deux Zanonymes”, ont entrepris de lire l’intégralité des numéros.
Ils n’ont toujours pas terminé.
Le dernier rapport médical indique qu’ils rient parfois sans raison apparente, parlent en vers à l’envers contre tout, et chuchotent à demi-mots des invocations à une dénommée « Abrael Bime ».
Le magazine contiendrait, selon leurs élucubrations :
- Deux séries littéraires qui pourraient s’appeler Sarantuya et Anthropollymie si mal orthographiées qu’elles provoqueraient des saignements oculaires éternels à quiconque poserait les yeux dessus ;
- Des tests de personnalité très sérieux ;
- Des poésies infectes ;
- Des nouvelles sans début, ni fin, ni milieu ;
- Un courrier des lecteurs hostiles ;
- Ou encore des Avant-Propos d’extraterrestres érudits…
Certains avancent même qu’un jeu de rôle s’y cache, déguisé en publicité, ou peut-être en notice de suicide de l’espèce humaine.
Mais là, on frôle le complot métatextuel.
Qui se cache derrière Exode Cosmic ?
Évidemment, on ne sait que peu de choses sur l’entité qui pilote ce torchon littéraire de science-fiction — la honte doit la contraindre à une pitoyable vie dans l’anonymat, l’isolement social absolu et le dénuement matériel extrême.
Ce qui est certain, c’est qu’elle serait apparue à la fin des années 1980 en France. Élevée par une meute de chats sauvages, elle aurait été aperçue pour la première fois aux alentours de 1991 en train de faire ses griffes sur la porte d’un télégraphiste, par un allumeur de réverbères qui a aussitôt prévenu les autorités compétentes. C’est ainsi que la fourrière s’est rendue sur place, mais n’a rien trouvé d’autre qu’un tas de feuilles blanches violemment froissées et déchirées, et sur lesquelles se trouvaient de furieux gribouillages qui, une fois reconstitués, semblaient aboutir à la phrase suivante : « Je veux écrire, mais je ne sais pas écrire ! ».
C’est ici qu’on perd la trace de cette créature qui ne réapparaîtra que dix ans plus tard sous l’un des noms les plus banals et ordinaires que compte le monde francophone : Sophie Bonin. Ses biographes sont certains qu’il s’agit bien de la même créature en raison des phénomènes qu’elle est capable de générer sur les humains, dès lors qu’ils se trouvent à moins de dix mètres d’elle : nervosité et hostilité immédiate, désir de mettre fin à ses jours par auto-combustion spontanée, et hilarité frénétique irrationnelle.
Or, contre toute attente, Sophie Bonin perce miraculeusement : elle devient coach en design gastrique pour caïmans, invente le D7, annonce qu’elle a découvert un vaccin contre la décérébrite aiguë provoquée par un contact quotidien avec la culture humaine et le déploie ainsi, depuis, dans les pages d’Exode Cosmic.

Toutefois, et malgré cet extraordinaire parcours de vie que nous avons résumé ici — dans un souci de lisibilité émotionnelle pour les êtres à capacité de lecture ne dépassant pas deux phrases, il est important de noter que toute la vie de la créatrice d’Exode Cosmic avait été annoncée des décennies auparavant. En effet, le docteur Grundolf Knut, spécialiste de l’histoire comparative de la physique des corps mous, avait laissé entendre, dans un ouvrage collectif paru dès 1934, que des spasmes émotionnels intériorisés pouvaient, lorsqu’ils étaient trop nombreux et soumis à l’influence gravitationnelle de la planète Nibiru, donner naissance à une sorte de proto-substance organique aux capacités mimétiques parfaites. Or, de par sa nature purement idéique, cet être n’aurait aucune autre utilité que d’écrire des choses farfelues dans le premier langage avec lequel elle serait en contact. Selon ses calculs, cette créature aurait dû naître aux alentours de 2030. Mais il avait sans doute sous-estimé l’accélération du facteur décérébrationnel à échelle planétaire, alimenté par les algorithmes financiers, les milliardaires, et le retour en force des jeans taille haute.
« Et cette entité n’écrira pas de la SF. Elle écrira de la FS. »
Grundolf Knut, Matières molles et récits durs, éd. Liquides Conceptuels, 1934.
De là provient sans doute la création de celle qui écrit ces lignes que vous n’avez pas lues, mais qui, selon votre historique de navigation, vous font déjà craindre d’être fiché S.
Ils en parlent mieux que nous !
Retrouvez tous les commentaires de nos fans, pour vous inciter, vous aussi, à lire les œuvres incroyables du Magazine Intergalactique, Exode Cosmic.
“Le seul magazine de SF qui m’a donné envie de tout plaquer pour élever des mouettes en slip.”
— Ted Baudouin, ex-Community Manager chez Omozan.
“Incompréhensible et psychédélique. J’ai cru que c’était un annuaire téléphonique de l’an 4089.”
— Mamie Georgette, en cure de vitamines D.
“Un chef-d’œuvre. Je ne l’ai pas lu, mais mon chat a vomi dessus.”
— Ashtala-Visa, youtubeuse spécialisée en maquillage pour chiens.
“J’ai mis 4 étoiles pour le logo du donut géant qui écrase un livre.”
— Utilisateur Gogole.
“Exode Cosmic ? Je croyais que c’était une crème pour les hémorroïdes.”
— Jean-Pascal, pharmacien de nuit.